Une reprise symbolique après cinq années de rupture
Cinq ans après la suspension des liaisons aériennes directes entre l’Inde et la Chine, les deux géants asiatiques ont annoncé officiellement la reprise progressive des vols directs entre leurs capitales et principales métropoles.
Cette décision, rendue publique lors d’une conférence conjointe à Pékin le 8 octobre 2025, met fin à une longue période de gel diplomatique et marque une volonté commune de renouer les échanges.
La suspension initiale, en 2020, faisait suite à la pandémie de Covid-19, mais surtout aux tensions frontalières récurrentes entre les deux puissances. Depuis, les discussions avaient été rares, voire inexistantes. Cette réouverture aérienne apparaît donc comme un premier pas vers un détente prudente entre New Delhi et Pékin.
Un enjeu diplomatique majeur
L’annonce conjointe a été saluée dans les milieux diplomatiques comme un geste de confiance mutuelle, malgré des différends toujours non résolus.
« Les peuples de nos deux nations méritent de se rencontrer, d’échanger et de collaborer », a déclaré le ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar.
Du côté chinois, son homologue Wang Yi a évoqué “une nouvelle ère de stabilité constructive entre les deux plus grandes économies émergentes d’Asie.”
Le message est clair : Pékin et New Delhi veulent montrer au monde qu’elles sont capables de dialoguer, même sur fond de rivalité stratégique.
Les retombées économiques attendues
Le retour des vols directs représente bien plus qu’un symbole politique. C’est aussi un levier économique puissant, notamment dans les domaines du commerce, du tourisme et de la logistique.
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Commerce bilatéral : En 2024, les échanges commerciaux entre l’Inde et la Chine avaient déjà dépassé les 115 milliards de dollars, malgré l’absence de liaisons directes. La reprise des vols devrait faciliter les rencontres d’affaires et accélérer les négociations logistiques entre entreprises.
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Tourisme : Avant 2020, près de 800 000 touristes chinois visitaient chaque année l’Inde, et plus de 500 000 Indiens se rendaient en Chine. Les autorités espèrent atteindre, voire dépasser, ces chiffres dès 2026.
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Innovation et technologie : Les deux nations cherchent à renforcer la coopération universitaire et technologique, notamment dans l’intelligence artificielle et les semi-conducteurs.
Les compagnies Air India et China Eastern Airlines ont déjà annoncé l’ouverture de nouvelles lignes directes entre New Delhi et Pékin, ainsi qu’entre Mumbai et Shanghai, pour le premier trimestre 2026.
Un rapprochement fragile mais stratégique
Malgré l’enthousiasme affiché, les deux pays restent profondément méfiants l’un envers l’autre.
Les tensions frontalières dans la région du Ladakh demeurent un point de friction majeur. En 2020, des affrontements meurtriers avaient eu lieu dans la vallée de Galwan, provoquant une crise diplomatique sans précédent.
Depuis, chaque rencontre bilatérale est minutieusement encadrée. La reprise des vols est donc perçue comme un test diplomatique : un faux pas pourrait facilement tout compromettre.
Selon un haut responsable indien cité par The Hindu, « cette reprise ne signifie pas une normalisation complète, mais un premier pas vers un climat plus constructif ».
Un signal envoyé à la communauté internationale
Ce rapprochement intervient alors que les équilibres mondiaux se redessinent.
L’Inde s’impose comme un partenaire clé des États-Unis et de l’Union européenne, tandis que la Chine cherche à préserver son influence dans la région indo-pacifique face à la montée du bloc occidental.
Pour certains analystes, Pékin tente par ce geste de désamorcer son isolement diplomatique. Pour New Delhi, c’est l’occasion de jouer un rôle d’intermédiaire entre l’Occident et la Chine tout en consolidant sa stature de puissance régionale autonome.
Les États-Unis ont salué cette initiative, y voyant “un signal positif pour la stabilité asiatique”, mais certains experts y voient aussi une tactique d’apaisement temporaire.
La réouverture progressive du ciel
Les premiers vols commerciaux reprendront d’ici février 2026, avec trois rotations hebdomadaires entre New Delhi et Pékin, puis des extensions vers Shanghai, Chengdu, Guangzhou, Mumbai et Bangalore.
Les autorités prévoient également la mise en place d’un visa électronique bilatéral, simplifiant les démarches pour les voyageurs d’affaires et les touristes.
Des mesures de sécurité renforcées, incluant le partage d’informations aéronautiques et la coopération antiterroriste, accompagneront la reprise des vols.
Un espoir d’ouverture durable
Pour de nombreux observateurs, cette annonce illustre la résilience du dialogue asiatique. Malgré leurs différends frontaliers, leurs compétitions économiques et leurs alliances contradictoires, l’Inde et la Chine semblent conscientes qu’elles ne peuvent durablement prospérer sans coopération.
“Le ciel s’ouvre à nouveau entre nous. Espérons que cela inspire aussi les esprits et les cœurs,” a déclaré un diplomate indien lors de la conférence de presse à Pékin.
La reprise des vols ne résout pas les tensions, mais elle redonne une respiration à des relations asphyxiées depuis trop longtemps.

