Une ouverture historique pour la culture africaine à Paris
Le 4 octobre 2025, Paris a vu naître un projet culturel inédit : la Maison des Mondes Africains (MansA). Nichée dans le 10ᵉ arrondissement, à quelques pas du canal Saint-Martin, cette nouvelle institution se veut à la fois galerie, forum de réflexion et incubateur artistique.
MansA est bien plus qu’un simple lieu d’exposition. C’est un espace dédié à la célébration, à la transmission et à la réinvention des cultures africaines et afro-diasporiques. En réunissant artistes, intellectuels, entrepreneurs et grand public, elle ambitionne de devenir le nouveau carrefour culturel entre la France et l’Afrique.
MansA : un symbole fort de dialogue culturel
Le nom du lieu n’a pas été choisi au hasard. MansA fait référence à Mansa Moussa, célèbre empereur du Mali au XIVᵉ siècle, connu pour sa richesse et son rayonnement culturel à travers le monde. Le terme évoque donc la grandeur, la connaissance et la transmission, tout en rappelant l’idée d’une “maison ouverte” — un refuge pour la diversité des expressions africaines.
Financée à hauteur de 9 millions d’euros par les ministères français de la Culture et des Affaires étrangères, MansA marque une étape majeure dans la reconnaissance institutionnelle de la culture africaine sur le sol français.
Cette ouverture intervient dans un contexte où la France cherche à repenser ses liens avec le continent africain, notamment à travers la restitution d’œuvres, le soutien aux diasporas et la mise en lumière de nouveaux récits culturels.
Une programmation inaugurale ambitieuse
Pour son ouverture, MansA a confié la direction artistique à Roxane Mbanga, artiste franco-camerounaise et guadeloupéenne de 29 ans, qui signe l’exposition inaugurale intitulée “Noires”.
Cette exposition immersive explore les identités africaines et caribéennes contemporaines à travers une variété de médiums : peinture, sculpture, vidéo, installation et performance.
« Noires est un cri, une célébration et une renaissance. C’est un hommage à celles et ceux qui ont transmis, créé, résisté et rêvé. » – Roxane Mbanga
Les œuvres exposées abordent la mémoire, la beauté, la spiritualité, la migration et la place du corps noir dans les espaces publics et médiatiques.
Un lieu de création, d’échange et d’émancipation
MansA ne se limite pas à la contemplation artistique. Ses fondateurs veulent en faire un espace vivant, un laboratoire culturel où s’inventent de nouvelles façons de penser, d’entreprendre et de créer.
Le lieu, installé dans un ancien atelier textile réhabilité, s’étend sur plus de 800 m². Il comprend :
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Une galerie d’art modulable accueillant expositions et résidences ;
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Un forum pour débats, projections et conférences ;
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Un espace d’incubation pour jeunes créateurs et entrepreneurs afro-diasporiques ;
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Un café culturel proposant une cuisine d’inspiration africaine et caribéenne ;
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Une médiathèque dédiée aux littératures du continent et de la diaspora.
Ce modèle s’inspire des grandes institutions hybrides comme le Zeitz MOCAA au Cap ou le Museum of Black Civilizations de Dakar, mais avec une dimension franco-africaine assumée.
Un projet politique et culturel
Derrière la vision artistique, MansA porte aussi une dimension politique.
L’objectif est clair : corriger les déséquilibres de représentation et offrir une scène équitable aux artistes africains souvent sous-représentés dans les grandes institutions occidentales.
Le président du conseil artistique, le critique sénégalais Mamadou Diop, souligne :
“MansA n’est pas une maison pour parler de l’Afrique, mais avec l’Afrique. Ici, la parole, la création et la pensée se rencontrent sans hiérarchie.”
Cette approche participative entend redéfinir la manière dont la France expose et valorise les cultures africaines.
Réception du public et des milieux culturels
Dès son ouverture, MansA a suscité un engouement certain. Les premières visites ont affiché complet, avec plus de 10 000 visiteurs en un week-end.
Les médias culturels saluent un projet “nécessaire, audacieux et fédérateur”.
Des artistes reconnus comme Abdoulaye Konaté, Laetitia Ky ou Boris Nzebo ont déjà annoncé leur participation aux futures expositions prévues pour 2026.
Pour le public, MansA est perçue comme une respiration nouvelle dans le paysage culturel parisien, une alternative inclusive et moderne aux institutions classiques.
Les défis à relever
Malgré l’enthousiasme, plusieurs défis attendent la Maison des Mondes Africains :
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Assurer une programmation pérenne qui reflète la diversité réelle des cultures africaines sans folklorisation ;
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Attirer des publics variés, au-delà des cercles déjà sensibilisés aux questions afro-culturelles ;
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Garder son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique et des logiques institutionnelles.
MansA devra aussi s’imposer dans un écosystème parisien très concurrentiel, entre musées nationaux et lieux alternatifs.
Un pont culturel entre continents
MansA se veut avant tout un pont entre l’Afrique, la Caraïbe et l’Europe.
Des partenariats sont déjà annoncés avec des institutions au Sénégal, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Martinique et au Nigeria pour favoriser la circulation des artistes et des expositions.
La maison ambitionne également de lancer, dès 2026, une Biennale des Mondes Africains, un événement itinérant qui pourrait voyager entre Paris, Dakar et Abidjan.
Conclusion : une renaissance culturelle
Avec MansA, Paris se dote enfin d’un lieu majeur consacré à la pluralité des cultures africaines. Ce projet marque une renaissance culturelle et symbolique : celle d’une Afrique actrice, créatrice et universelle.
Si MansA parvient à rester fidèle à sa promesse d’ouverture, elle pourrait bien devenir l’un des espaces les plus influents de la culture mondiale francophone dans les années à venir.

